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Kairos

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A travers l’exposition KAIROS je veux exprimer le questionnement de notre rapport à la vie et au vivant .

Vivons-nous un 'Kairos planétaire', un ‘moment opportun’, un ‘moment favorable’ pour un changement possible ?

La pandémie planétaire du COVID nous a confrontés à notre finitude à la fois personnelle et collective et nous a permis un court instant de prendre conscience de l’essentiel – de ce qui donne sens à la vie et à notre existence commune.

Nous avons entendu parler de zoonose et d’anthropocène avec leur impact sur l’humanité et la biodiversité à travers le dérèglement climatique.

Face à cette réalité anxiogène, indigné, révolté mais à la fois empathique et partie d’un monde déboussolé et chaotique en recherche d’un nouveau récit utopique, j’ai le choix entre l’angoisse mortifère et l’espérance d’un avenir autre.

 

Sommes-nous à la fin d’une époque, d’un modèle de civilisation dont le changement climatique et ses dérèglements et la montée des idéologies extrêmes sont le signe ?

Sommes-nous arrivés à une échéance, un paroxysme, un POINT DE BASCULE décisif vers le meilleur ou le pire avec une notion d’avant et d’après, où quelque chose de neuf arrive et se devine ?

 

Sur un plan personnel, combien de fois nous sommes-nous déjà dit « Maintenant c’est le bon moment pour agir », sans vraiment avoir d’éléments objectifs pour valider cette information...

 

Ce temps présent est une perche tendue à l’histoire humaine personnelle et collective, un temps favorable, un ‘Kairos’ pour bâtir un autre récit, un autre imaginaire collectif basé sur la fraternité entre les peuples, la solidarité et la justice pour un « monde différent commun », basé sur une paix durable.

 

Ce monde à venir est pourtant déjà là en germe – dissimulé à un regard distrait. Entre vie et mort, saurons-nous choisir la vie ? En avons-nous pris le chemin ? Celui de la justice, de la sobriété et de la paix non armée ?

L’humanité avec ses idéologies d’un ancien monde enfante dans la douleur. Le bon grain et l’ivraie ne poussent-ils pas ensemble ?

A travers les œuvres que je présente, je veux mettre en lumière ces germes et ces graines sous-jacentes prêtes à éclore et qui sont signes d’espérance et que chaque personne porte en soi.

 

Pour exprimer cet ‘entre-temps’ j’ai puisé dans mon stock de papier transparent et translucide comme matériaux de base. Eclairé par l'arrière il permet des effets de jeux d’ombres énigmatiques qui laissent deviner une vie foisonnante. Ces graines en attente préservées et glissées entre deux feuilles de papier que l'on entrevoie présagent un devenir, un futur possible latent. En m'inspirant du cocon, de la chrysalide, je m’approprie un monde en gestation permanente.

En collectant des graines, plantes sèches, herbes, tiges de noisetiers, de cognassiers, de saules,ronces et églantiers ou encore de la bruyère qui poussent autour de mon atelier, j'ai confectionné un herbier géant de plantes diverses, témoins de temps passés, de saisons passées mais aujourd'hui encore présentes.

 

La plupart des textes qui accompagnent les œuvres font référence à la Genèse et des versets de la Bible, à différentes traditions spirituelles et à des réflexions philosophiques qui mettent la vie, la création et l'humain au centre de notre maison commune qu'est notre planète, belle oasis bleue dans l'immensité de l'univers sidéral. En prenant soin de la T-terre, en la protégeant et en partageant ses ressources ne nous protègeons-nous pas de nous-mêmes ?

Avoir le sens du kairos ne signifie pas seulement savoir attendre le bon moment pour réaliser un projet prémédité d’avance. C’est avoir une forme de disponibilité à l’instant présent pour discerner l’action la plus ajustée. Cela suppose une qualité d’attention au réel en devenir pour repérer les forces en présence et accompagner la situation dans ce qu’elle peut enfanter de plus beau et de meilleur.

 

Car le présent est traversé, non seulement de nécessité mais de potentialités qui demandent à être regardées. Le déterminisme implacable ou la fatalité aveugle ne sont qu’une projection mentale, celle d’une intelligence coupée des forces insoupçonnées et mystérieuses de la vie.  Avoir le sens du kairos exige donc de passer de la vue à la vision. Le regard contemplatif et patient des artistes peut nous y aider ; leur sensibilité, plus aiguisée que la moyenne, leur permet de soulever le voile de l’habitude et de nous arracher à l’inconscience, à la brutalité et à la banalité. Ce sont bien ces formes de cécité qui ont conduit les êtres humains à abîmer la terre, l’eau, et l’air, à profaner le vivant et perdre jusqu’à le sens de leur humanité.  Si nul ne peut totalement prédire l’avenir, nombreux sont ceux qui sentent qu’il y a la nécessité d’arrêter de courir aveuglément en une morne fatalité pour se mettre à l’écoute de ce que nous crie la terre et de ce que nous crie le vivant.

 

Le visible nous appelle ; l’invisible nous attend. Les œuvres de Claude Braun que vous verrez ici sont portées par la conscience aigüe d’un tel moment de bifurcation dans notre destinée collective. S’« il est grand temps de rallumer les étoiles », selon la formule de Guillaume Appolinaire, Claude Braun nous conduit à retrouver le chemin de la  lumière, de la transparence et de l’innocence. Il nous invite à sentir l’unité cachée derrière les visages multiples par où le lumineux et le numineux se manifestent. Elaborées à partir des matériaux à sa disposition dans son atelier ou dans la forêt qui l’entoure, ses œuvres nous permettent de nous relier aux racines élémentaires de toute création.

 

Nul besoin de chercher ailleurs ce qui est déjà là, ici et maintenant. C’est là que se trouve aussi notre essentielle liberté, notre essentielle responsabilité.

Ce chemin de transfiguration du regard et du monde ne demande ni savoir ni pouvoir mais d’abord un cœur simple et humble, la force de l’attention et la purification de ses intentions. « Ecoute, écoute, écoute…et tu commenceras à entendre » a pu écrire Lanza del Vasto. Tel est peut-être le secret par où la conscience du Kairos peut émerger, et par où l’humain peut répondre présent.

 

Reza Moghaddassi, Philosophe - juin 2025

Atelier Claude Braun - 3 Annexe Kohlhuette - 67290 Wimmenau - +33 3 88 89 81 67 - beclo@hotmail.fr - ©2025

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